Colonie d'_Orchis militaris_ x _purpurea_, Dornecy (58), 21 mai 2025. Photo: P. Pernot.

Figure 0.1: Colonie d’Orchis militaris x purpurea, Dornecy (58), 21 mai 2025. Photo: P. Pernot.

1 Introduction

Présentation

Laissez-moi d’abord me présenter. Je suis Pascal Pernot, naturaliste-ornitho amateur et orchidophile passionné depuis les années 1990. J’ai beaucoup prospecté en Essonne jusqu’à la publication du livre “Les Orchidées sauvages d’Île-de-France” (Dusak and Pernot 2001), dont je suis coauteur. Je me suis ensuite consacré aux orchidées de ma serre et j’ai plongé dans les orchidées australiennes, avec la création du site Caladenia.

Depuis 2020, j’ai repris sérieusement la prospection (par cela j’entends que j’y consacre l’ensemble de mes loisirs de mars à août) et j’ai commencé à récolter des données dans le sud de l’Yonne et le nord de la Nièvre dont j’apprécie particulièrement les paysages et la gastronomie. Depuis quelques mois, j’assiste Daniel Dupuy, le cartographe FFO de la Nièvre, notamment pour la gestion/validation des relevés de prospection.

Motivations

Il se trouve qu’en plus des orchidées, j’adore les données (déformation professionnelle) et j’ai donc plongé avec délice dans l’univers numérique des orchidées de la Nièvre afin de découvrir ce qu’elle pouvaient nous apprendre, au delà des simples résumés généralement accessibles. La suite de ce document découle de mon désir de partager les résultats de ces explorations avec d’autres passionnés.

GazON s’adresse donc aux naturalistes orchidophiles, et plus particulièrement à ceux qui, par leurs relevés contribuent à l’amélioration des nos connaissances des orchidées de la Nièvre.

Depuis peu, l’ensemble des données entrées dans Orchisauvage (OS) est accessible à tous, après quelques semaines, dans l’Atlas numérique des orchidées de France de la Fédération France Orchidées (FFO). Mais ces données brutes ne sont pas forcément digestes pour tous et méritent d’être mises en perspective.

Le but de ce premier numéro de GazON est de proposer, sur la base de ces données, un court bilan des prospections récentes, avec un focus sur 2021-2025.

Une révision plus exhaustive de la cartographie de la Nièvre est en préparation.

Au delà de ce bilan, que j’espère pouvoir proposer annuellement, GazON pourrait devenir un bulletin de liaison pour les orchidophiles actifs dans le département, en mentionnant des initiatives de sorties de découverte ou de prospection, ou encore des actions de protection. Si vous avez des information à partager, n’hésitez pas à me les transmettre.

D’autre part, si vous avez trouvé GazON par hasard et souhaitez recevoir les futurs numéros lors de leur parution, envoyez-moi simplement votre adresse email.

Au programme

Dans ce premier numéro, nous allons d’abord jeter un regard sur ce que représente la prospection orchidophile dans la Nièvre, que ce soit en nombre de relevés, de prospecteurs ou de communes concernées. Nous verrons qu’il y a quelques efforts à faire pour que la cartographie récente, i.e. post-2001, puisse égaler en volume et en couverture la cartographie originale de Daniel Dupuy (Dupuy 1989). Début 2026, GazON vous proposera des pistes de prospection prioritaires pour améliorer cet inventaire et disposer de données fiables pour orienter les politiques de protection des espèces (p.ex. listes rouges UICN).

Dans une deuxième partie (Orchidoflore), nous verrons les acquis importants des cinq dernières années, notamment avec de nouvelles espèces et quelques observations remarquables.

Je souhaite enfin dans la dernière partie attirer votre attention sur la mention récente de Platanthera fornicata à Oisy et sur ce que cela implique pour vos futurs relevés de P. bifolia.

2 Prospection

Il m’a paru intéressant de faire un historique de la pression de prospection sur le département, que ce soit en nombre d’observateurs, de données ou de communes visitées.

Observateurs

L’évolution du nombre d’observateurs ayant fourni des données chaque année est tracée sur la figure suivante. L’impact de l’ouverture de la plateforme Orchisauvage est immédiatement visible, alors que le nombre d’observateurs liés aux autres sources de données ne montre pas de changement notable. On est arrivés, à partir de 2022, à une bonne vingtaine de contributeurs annuels. Le nombre consolidé de contributeurs identifiés après 2020 est de 60. Cette tendance positive est toutefois à mettre en regard du nombre d’observations.

Observations

La même analyse que pour les observateurs est appliquée aux nombres d’observations reportées dans la base. On note bien un même effet “OS” à partir de 2014. En revanche, le flux des entrées est encore très loin de celui des années 1980. On voit par ailleurs que OS est désormais la source de données principale, en volume, pour l’inventaire des orchidées de la Nièvre.

Depuis 2021, le nombre median de données pour les 60 observateurs est de 3, avec un minimum de 1 et un maximum de 394.

Couverture

Pour espérer faire un inventaire fiable, il est essentiel d’avoir une bonne couverture du territoire. En 1989, Daniel Dupuy avait couvert pratiquement toutes les communes du département. Pour rappel, en 2025 la Nièvre compte 309 communes, dont 302 avec des relevés. En 1990, on atteignait environ 94 % des communes avec des données, ce chiffre croissant lentement depuis pour atteindre 98 % de couverture. Sept communes restent à ce jour sans données. Evidemment, l’absence de données ne correspond pas nécessairement à un manque de prospection, mais tout simplement à un manque d’orchidées. Quoique, avec l’expansion actuelle de trois orchidées (Anacamptis pyramidalis, Himantoglossum hircinum et Ophrys apifera) dans les pelouses urbaines et sur les berges routières, les communes sans orchidées devraient bientôt être en voie de disparition !

La carte ci-dessous figure les dernières années de prospection des communes, par classe de 10 ans. On constate qu’une grande partie de celles-ci (176) ont eu des relevés sur les 5 dernières années, mais qu’il en reste 126 sans données depuis plus de temps.

Appel aux prospecteurs : les communes surlignées en rouge ont un potentiel de plus de 7 espèces (le nombre médian d’espèces par commune) et n’ont pas eu de relevés depuis au moins 10 ans. Ces communes sont : Alluy, Anlezy, Annay, Bouhy, Brèves, Bulcy, Bussy-la-Pesle, Champlemy, Champvert, Champvoux, Corbigny, Corvol-d’Embernard, Courcelles, Garchy, Imphy, La Maison-Dieu, Livry, Mont-et-Marré, Neuilly, Nuars, Pougny, Saint-Andelain, Saint-Bonnot, Saint-Jean-aux-Amognes, Saint-Malo-en-Donziois, Saint-Martin-sur-Nohain, Saint-Pierre-du-Mont, Saint-Pierre-le-Moûtier, Saint-Quentin-sur-Nohain, Saint-Sulpice, Sainte-Colombe-des-Bois, Suilly-la-Tour, Teigny, Verneuil, Vignol. Si vous passez par là…